Stéphane Thidet : de Traversée à La Goutte d’eau, une même attention aux éléments

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Cette attention aux éléments et aux matières brutes se retrouve également dans Traversée, œuvre aujourd’hui installée au Domaine de Lagrézette, dans le Lot. Au sein d’un paysage de vallons et de vignes, le Château de Lagrézette déploie un ensemble architectural marqué par plusieurs siècles d’histoire. Le domaine viticole, installé autour, entretient un lien étroit avec son environnement naturel et paysager.

C’est dans ce cadre que Traversée trouve aujourd’hui sa place. L’œuvre se présente comme une invitation à avancer en direction du chai, accessible au public. Sans chercher à s’imposer, elle semble émerger naturellement du paysage, comme une faille discrète ouverte dans le sol.

Une faille de pierre dans le paysage

Avec Traversée, Stéphane Thidet imagine une ligne minérale composée de blocs de marbre blanc brut, dont le scintillement évolue selon la luminosité, apportant une profondeur changeante à l’œuvre. Celle-ci évoque à la fois une coupe géologique et un chemin étroit telle une faille ouverte dans le paysage.


« Je ne voulais pas que ce soit réellement un passage.
Je ne voulais pas que ce soit confortable comme chemin. »
Stéphane Thidet

Cette tension entre circulation et obstacle donne toute sa force à l’installation. Les pierres dessinent un tracé précis sans pour autant devenir un sentier. Le visiteur est invité à contourner, observer, ralentir.

Travailler avec la matière brute

Depuis plusieurs années, Stéphane Thidet développe un travail étroitement lié aux éléments naturels : l’eau, le bois, le sable, le vent ou encore la pierre. Dans Traversée, l’artiste détourne le marbre de tout usage décoratif ou poli et l’envisage dans son état brut, presque sauvage. L’artiste raconte avoir été marqué par les carrières et les paysages d’extraction, ces lieux où l’action humaine produit des coupes et des lignes dans la montagne. L’œuvre conserve cette mémoire géologique : les blocs évoquent discrètement un éboulement, tout en formant, en contrepoint, des fragments de relief déposés dans le paysage.

Des pierres uniques, lourdes et fragiles

Chaque bloc possède sa propre forme, sans jamais rompre l’équilibre de l’ensemble. Une cohérence discrète se dégage de cet alignement irrégulier. Pour réaliser l’œuvre, Stéphane Thidet a travaillé avec une carrière italienne afin de sélectionner et manipuler ces masses de marbre brut, certaines pesant plusieurs centaines de kilos.

« Ce qui a rendu la pièce possible, c’était aussi le fait que la carrière nous accompagne dans le travail », souligne-t-il.

Cette dimension technique et collective fait pleinement partie du projet : déplacer, soulever et installer ces pierres fragiles et massives nécessitait un véritable savoir-faire.

Une œuvre sensible à la lumière et au lieu

Selon les heures de la journée et la position du soleil, le marbre révèle des éclats inattendus. La surface de la pierre se met à scintiller discrètement, laissant apparaître des paillettes minérales presque invisibles à première vue.

De la pierre à l’eau : un dialogue avec La Goutte d’eau

Cette attention portée aux phénomènes naturels et à notre manière d’habiter les lieux se retrouve également dans La goutte d’eau. L’installation est présentée actuellement à la Chapelle de La Grave.

Dans cette installation, Stéphane Thidet poursuit son travail autour d’un geste minimal et d’une présence presque silencieuse. L’artiste compose ainsi des œuvres qui invitent à traverser autrement les espaces patrimoniaux, entre contemplation, perception et expérience physique.

©Alexandre Ollier