Beyond Pink and Green. Bonella Holloway

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Réinventer les récits de domination, de soin et de survivance

Avec Beyond Pink and Green, l’artiste Bonella Holloway propose une installation vidéo en triptyque qui interroge les mécanismes de domination à travers une analogie entre le monde végétal et les assignations sociales et culturelles liées au féminin. Présentée dans la nef de la Chapelle des Carmélites, l’œuvre déploie un dispositif immersif mêlant images, voix et création sonore. Elle invite le public à repenser ses héritages visuels et symboliques.

Un dispositif visuel entre héritage et contemporanéité

Le triptyque comme forme critique avec la Chapelle des Carmélites comme espace de résonance

L’installation se compose de trois projections synchronisées :

  • un écran central horizontal au format 16:9 ;
  • deux écrans latéraux verticaux au format 3:4.

Cette composition fait explicitement référence aux retables de l’iconographie chrétienne, historiquement dédiés à la transmission de récits normatifs et spirituels. En regard, les formats verticaux évoquent les images issues des smartphones et des réseaux sociaux, symboles d’une culture visuelle contemporaine. Installée dans la nef, l’œuvre dialogue avec l’architecture du lieu. Cet ancrage renforce la réflexion sur la transmission et comment les normes peuvent être réappropriés et transformés.

Trois axes de réflexion au cœur de l’œuvre

Normes de beauté et apparat décoratif

Le premier axe explore la plante comme objet décoratif, sélectionnée, contrôlée et mise en valeur selon des critères esthétiques précis. Cette approche fait écho aux normes de beauté assignées aux femmes, à la canonisation de certains corps et à l’injonction permanente à se conformer à des modèles visuels dominants.

Care, soin et exploitation du vivant

Le deuxième axe met en parallèle l’exploitation des plantes pour la santé et l’alimentation humaines avec la notion de care. Le « prendre soin », souvent associé au féminin, est ici interrogé comme une construction sociale. Un travail essentiel mais largement invisibilisé, dépolitisé et sous-valorisé.

Interdépendance, survivance et sororité

Enfin, le troisième axe ouvre une perspective collective. La capacité des plantes à survivre grâce à l’interdépendance au sein des écosystèmes devient une métaphore des solidarités féministes et de la sororité. Loin d’une vision individualiste, l’œuvre met en avant des formes de résistance fondées sur le lien et le collectif.

Une œuvre politique et sensible : des voix singulières pour un récit collectif

Beyond Pink and Green ne se limite pas à une lecture critique des dominations. L’installation ouvre des espaces de réflexion et de réappropriation, en montrant comment les lieux mêmes de l’enfermement peuvent devenir des points d’appui pour l’émancipation individuelle et collective. En articulant végétal, voix humaines et dispositifs visuels, Bonella Holloway propose une œuvre profondément contemporaine, à la fois politique et sensible.

Du récit individuel à la parole commune

L’installation intègre des entretiens filmés avec des personnes issues de différents champs professionnels. Mises en relation, ces voix cessent d’être des témoignages isolés. Elles se répondent, se complètent et construisent un récit collectif qui met en lumière à la fois les mécanismes d’oppression et les possibilités d’émancipation à l’intérieur même de ces cadres contraints.