Les vitraux de la chapelle de La Grave : la lumière d’un monument inachevé 

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À La Grave, les vitraux ne racontent pas d’histoire biblique. Ils ne mettent pas en scène de saints, de martyrs ou d’épisodes de la vie du Christ. Ils ne jouent pas non plus la carte d’une création contemporaine, comme à Saint-Sernin. Leur singularité se trouve ailleurs. 

Pour comprendre les vitraux de la chapelle de La Grave, il faut regarder le bâtiment lui-même. Son histoire est celle d’un chantier interrompu, repris plusieurs décennies plus tard et profondément transformé. Une histoire dont les murs portent encore les traces, jusqu’au fronton d’entrée inachevé. 

Cette particularité clôt notre série consacrée aux vitraux des Monuments de Toulouse. Après les verrières narratives du Gesù, celles tirées du Moyen Âge aux Jacobins puis l’intervention contemporaine de Saint-Sernin, La Grave propose une autre manière de penser le rapport entre architecture, lumière et vitrail. 

Une chapelle qui n’a pas tout à fait achevé son histoire 

Chapelle de La Grave ©Alexandre Ollier

La chapelle de La Grave s’inscrit dans un chantier long et mouvementé. Le premier projet est confié à l’architecte Jean Nelly. Son ambition ne correspond pas exactement à l’édifice que nous connaissons aujourd’hui. Il prévoit notamment un autre type de couronnement pour la chapelle : un dôme à l’impériale, plus bas que celui qui domine aujourd’hui le site. 

Le chantier avance difficilement. La Révolution française vient l’interrompre en 1792. La chapelle reste alors inachevée pendant plusieurs décennies. Lorsqu’un nouvel architecte intervient en 1835, le bâtiment a souffert du temps et des intempéries. Il faut le consolider avant de poursuivre les travaux. 

Louis Delor de Masbou reprend alors le projet. Il ne se contente pas de terminer ce qui avait été commencé : il transforme la chapelle. Le dôme change. Il devient plus haut et plus lourd. Cette modification entraîne aussi des conséquences sur les murs et sur les ouvertures prévues dans le projet initial. 

Des fenêtres disparues au niveau inférieur 

Aujourd’hui, les vitraux de la chapelle se trouvent en hauteur. Cette disposition peut surprendre. Pourquoi une chapelle possède-t-elle des ouvertures importantes dans sa partie haute, mais presque rien au niveau inférieur ? 

La réponse se trouve en partie dans le projet de Jean Nelly. Le premier architecte avait prévu de grandes baies au premier niveau. Elles devaient apporter davantage de lumière à l’intérieur de la chapelle.  Ces baies ont pourtant disparu. Depuis l’extérieur, certaines traces restent visibles. Près des escaliers qui descendent vers la crypte, une grande niche dans le mur permet notamment de comprendre qu’un autre dispositif avait été prévu à cet endroit. Ces ouvertures ont finalement été rebouchées lors de la reprise du chantier. 

La raison est avant tout structurelle. Pour accueillir le nouveau dôme, plus haut et plus lourd, Louis Delor de Masbou doit renforcer les murs. Les ouvertures prévues par Nelly fragilisent cette structure, elles sont donc condamnées. 

La chapelle que nous voyons aujourd’hui porte ainsi la trace de deux projets successifs. 

Le vitrail comme lumière plutôt que comme récit 

Cette histoire architecturale permet aussi de comprendre ce qui distingue les vitraux de La Grave de ceux étudiés dans les précédents articles de cette série. 

  • Aux Jacobins, le vitrail témoigne d’une tradition médiévale où la couleur et la lumière jouent un rôle essentiel. Les rosaces conservées en sont d’ailleurs un exemple et les travaux de restauration menés sur l’ensemble verrier permettent une lecture claire de son histoire. 
  • Au Gesù, le rapport à l’image et au récit religieux est également central. Le vitrail s’inscrit dans un espace pensé pour transmettre un message. 
  • À Saint-Sernin, la démarche est différente. Les interventions contemporaines assument leur époque. Elles font dialoguer le patrimoine avec une création actuelle. 
  • À La Grave, les vitraux ne suivent aucune de ces voies. 
Chapelle de la Grave Toulouse ©Rémi Bénali

Ils ne constituent pas un programme narratif comparable à celui des grandes verrières figuratives. Ils ne cherchent pas non plus à afficher une rupture contemporaine avec l’histoire du monument. Ils semblent avant tout participer à une mise en lumière de l’espace. 

Cette fonction peut paraître plus discrète, elle n’en est pas moins intéressante. Le vitrail n’a pas toujours besoin de raconter pour jouer un rôle dans une architecture religieuse. Il peut aussi filtrer la lumière, modifier l’ambiance intérieure et accompagner les volumes. 

Ce que les murs racontent quand les archives se taisent 

Il reste pourtant beaucoup de questions sur ces vitraux. Leur auteur n’est pas clairement identifié. Leur date de réalisation et les circonstances précises de leur installation demandent encore des recherches. Leur choix esthétique pose également question. 

Pourquoi avoir privilégié une composition décorative plutôt qu’un programme religieux ? Était-ce un choix lié à la période de création ? À la fonction de la chapelle ? À son histoire architecturale ? À une volonté de laisser la lumière jouer un rôle plus important que l’image ? 

Les documents disponibles ne permettent pas encore de répondre précisément à toutes ces interrogations et cette part d’incertitude fait aussi partie de l’histoire du monument. Le vitrail s’inscrit dans cette histoire sans nécessairement la raconter directement. 

Une autre manière de regarder les vitraux 

La Grave invite à regarder un vitrail pour la manière dont il transforme la lumière et l’espace.  Ils rappellent aussi qu’un édifice patrimonial ne se résume jamais à ce que l’on voit au premier regard. 

À travers notre série d’articles, nous avons commencé par des vitraux qui racontent. Nous avons rencontré des œuvres qui transmettent un récit religieux, puis une création contemporaine qui dialogue avec un monument ancien. À La Grave, le vitrail semble au contraire se faire plus silencieux. Il accompagne la lumière d’une chapelle dont l’histoire reste, elle, profondément mouvementée.