Le ciel nous vengera. Nicolas Daubanes
Modifié le :
Du 4 mars au 2 août 2026, le Castelet accueille l’exposition Le ciel nous Vengera, de l’artiste Nicolas Daubanes.
Une exposition qui invite les visiteurs à découvrir une œuvre singulière tout en mettant en lumière un travail de collaboration entre artistes, écrivains et institutions culturelles.
Un artiste qui interroge l’univers carcéral
Depuis plus de quinze ans, Nicolas Daubanes développe une pratique artistique centrée sur le monde carcéral. Dessins, installations et vidéos composent une œuvre nourrie par des résidences immersives en maisons d’arrêt et par une réflexion sur les systèmes d’enfermement, qu’ils soient physiques, sociaux ou symboliques. Pour Le ciel nous vengera, l’artiste poursuit cette recherche en s’appuyant notamment sur les travaux menés lors de sa résidence à la Villa Médicis entre 2024 et 2025. L’exposition mêle références historiques et créations contemporaines, notamment en dialoguant avec les célèbres Prisons imaginaires de Giovanni Battista Piranesi. Le travail de Daubanes se distingue également par l’usage de matériaux singuliers : limaille de fer aimantée, béton mêlé de sucre, bois brûlé ou encore silicone. Ces matières deviennent des vecteurs symboliques pour évoquer à la fois la violence des structures carcérales et la possibilité de leur fragilité ou de leur effondrement.
Le Castelet : un lieu de mémoire transformé par l’art
L’exposition prend place dans un site particulièrement chargé d’histoire : le Castelet, ancien bâtiment administratif de la prison Saint-Michel à Toulouse. Ce lieu conserve la mémoire de décennies d’enfermement et constitue un contexte puissant pour accueillir une réflexion artistique sur la prison et ses représentations. Dans ce cadre, l’artiste propose une installation qui fait dialoguer les œuvres avec l’architecture du monument et l’histoire des personnes qui y furent détenues. Sculptures, dessins monumentaux et fragments de matériaux évoquant l’univers carcéral réactivent la mémoire du lieu et interrogent notre rapport contemporain à l’enfermement.
Une exposition construite dans le dialogue et la collaboration
Si Nicolas Daubanes est l’artiste principal du projet, Le ciel nous vengera s’inscrit dans une dynamique collaborative. L’exposition fait dialoguer différentes pratiques artistiques et intellectuelles. Parmi les collaborations présentées figure celle avec l’autrice et journaliste Louisa Yousfi, qui participe notamment à une œuvre et au titre de l’exposition.
D’autres contributions viennent enrichir le parcours, notamment celle de l’artiste catalan Domènec, dont une œuvre interroge la mémoire politique et les gestes d’iconoclasme. Le projet établit également un dialogue avec l’histoire de l’art, grâce à la présence d’œuvres ou de références à des artistes tels que Jean‑Auguste‑Dominique Ingres et Giovanni Battista Piranesi. Ces croisements permettent d’inscrire le travail de Daubanes dans une histoire plus large des représentations de l’enfermement et de l’architecture carcérale.
Un projet artistique étendu sur plusieurs lieux
L’exposition s’inscrit aussi dans un réseau de collaborations territoriales. En parallèle de la présentation au Castelet, Nicolas Daubanes est en résidence à la Maison Salvan, où une partie de son travail est également dévoilée. Cette circulation entre plusieurs lieux permet d’explorer différentes facettes de la pratique de l’artiste et d’élargir l’expérience du public. Par ailleurs, le projet se prolonge dans une dimension pédagogique : des partenariats avec l’Éducation nationale permettent à des enseignants et à leurs élèves d’explorer les thématiques de l’exposition à travers des projets artistiques et interdisciplinaires.
Une réflexion artistique sur la fragilité et la résistance
Au cœur de Le ciel nous vengera se trouve une tension entre fragilité et résistance. Les œuvres de Nicolas Daubanes, souvent réalisées à partir de matériaux instables ou détournés, évoquent la possibilité de fissurer les structures les plus solides — qu’elles soient matérielles ou symboliques.
Ainsi, certaines sculptures utilisent un « béton sucré », technique inspirée d’un sabotage pratiqué par des résistants durant la Seconde Guerre mondiale : l’ajout de sucre dans le béton empêchait sa solidification, fragilisant les fortifications ennemies. Cette métaphore de la résistance traverse l’ensemble de l’exposition.