Saint-Sernin retrouve sa rosace signée Jean-Michel Othoniel

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Pendant Pendant près de cinquante ans, la grande rosace de la façade occidentale de la basilique Saint-Sernin est restée cachée derrière un simple panneau de protection. D’un diamètre de cinq mètres cinquante, cette ouverture appartient au massif occidental achevé à la fin du Moyen Âge, au terme d’un vaste chantier qui s’est étendu du XIe au début du XIVe siècle. Longtemps occultée, et malgré les projets de restauration de la façade de Eugène Viollet-le-Duc dès 1860, elle n’avait jamais retrouvé toute sa place dans la lecture de l’édifice. 

Depuis 2024, la rosace a retrouvé son éclat grâce à un vitrail contemporain signé Jean-Michel Othoniel, réalisé avec les maîtres-verriers des Ateliers Loire. Une création qui ne cherche pas à effacer les siècles d’histoire de Saint-Sernin, mais au contraire à faire dialoguer l’architecture romane avec la création d’aujourd’hui. Vous l’aurez compris, voici le deuxième rendez-vous de cette série ! 

La nouvelle rosace de la basilique Saint-Sernin : un chef-d’œuvre de verre entre tradition verrière et modernité  

Une œuvre monumentale entre patrimoine et création contemporaine 

Pour créer la nouvelle rosace de Saint-Sernin, la mairie de Toulouse a lancé un appel à projets. Sept propositions ont été reçues, puis quatre ont été retenues. Le projet de Jean-Michel Othoniel a finalement obtenu l’unanimité. L’artiste travaille avec les maîtres verriers des Ateliers Loire, installés à Chartres et dirigés par Bruno Loire. Il avait déjà collaboré avec eux sur plusieurs réalisations.

Le résultat est une œuvre de 5,50 mètres de diamètre, conçue en écho à l’histoire et à l’identité du monument. Le dessin, très stylisé, se réfère directement à la théologie chrétienne : en son centre, trois anneaux entrelacés représentent la Trinité, soufflé à la bouche, à l’épaisseur volontairement irrégulière, qui créent de subtiles vibrations de couleur, évoquant ainsi les douze apôtres. L’ensemble a été inséré dans un double vitrage, afin de protéger l’œuvre des intempéries. 

Au-delà de son rôle esthétique, ce vitrail remplit aussi une fonction protectrice : installé juste devant l’orgue Cavaillé-Coll, classé monument historique, il le préserve des rayonnements UV et de la chaleur. 

Un travail d’orfèvre pour la rosace en vitrail de Saint-Sernin  

Composée de plus de 4 500 à 4 700 morceaux de verre, la rosace a nécessité environ trois mois de travail avant sa pose. Sept personnes des Ateliers Loire ont participé à sa réalisation. Le principal défi ne résidait pas dans la conception, mais dans l’exécution. L’ossature métallique d’origine, scellée dans la pierre depuis des siècles, ne suivait aucune ligne horizontale ni verticale. Cette particularité a rendu le découpage et l’ajustement des pièces particulièrement complexes.

Les cives, des disques de verre soufflés à la bouche, ont conservé leur épaisseur irrégulière. Elles permettent ainsi à la lumière du jour de créer de subtils jeux de couleurs plutôt qu’une teinte uniforme. Dans cette composition, Othoniel a souhaité retrouver la sensualité des teintes de la brique toulousaine. Le vitrail entre ainsi en dialogue avec la Ville rose elle-même.

Un dernier détail n’est sans doute pas anodin : la basilique honore Saint-Saturnin, mort le 29 novembre. Une date à laquelle, précisément, l’œuvre a été dévoilée à la presse en 2024. 

L’intention de l’artiste : un dialogue entre couleur, lumière et pierre 

Loin d’une intervention démonstrative, le projet est né d’une volonté de prolonger l’esprit du lieu. L’artiste résume ainsi l’intention qui a guidé sa création :  

“En observant les nombreux vitraux du XIXe siècle présents dans la basilique, attentif aux reflets de leurs couleurs sur la pierre et la brique toulousaines, j’ai été très ému par la juste douceur qu’offre la palette de couleurs employées dans la représentation de « l’Éducation de la Vierge ». Les gris ombrés du motif qui se mêlent à un or éteint, le bleu céleste serti par un infime filet de rouge, le noir profond des plombs qui coupe les roses tendres : toutes ces couleurs délicatement coordonnées m’ont paru être la plus juste palette qui rende hommage à cette architecture romane…. Et pour redonner à la rosace toute sa force, j’ai créé un dessin en utilisant les plombs du vitrail, cette technique classique des maîtres verriers, qui, avec sa présence graphique, évoquera les dentelles de pierre. Ce « dessin de plomb » que j’ai imaginé pour Saint-Sernin est visible de jour comme de nuit, de l’intérieur et de l’extérieur, sous les structures métalliques scellées dans les voussures de la pierre.” aquarelle  
© Othoniel studio  

Qui est Jean-Michel Othoniel ?  

Né en 1964 à Saint-Etienne, Jean-Michel Othoniel vit et travaille à Paris. Formé à l’école des Beaux-Arts de Cergy-Pontoise, il découvre le verre dès 1993. Ce matériau devient rapidement sa signature, notamment grâce à ses collaborations avec les artisans verriers de Murano. Son œuvre, à la fois poétique et monumentale, s’intègre dans de nombreux lieux patrimoniaux et institutions à travers le monde. On retrouve ses créations dans le métro parisien avec le Kiosque des Noctambules (2000), dans les jardins du château de Versailles avec Les Belles Danses (2014), au musée national du Qatar (2018) ou encore dans la cathédrale d’Angoulême. Membre de l’Académie des beaux-arts depuis 2021, il figure aujourd’hui parmi les artistes français les plus reconnus, notamment pour son travail sur la lumière et la couleur. 

Un chantier patrimonial d’ampleur : une restauration attendue par les Toulousains 

L’installation de la rosace s’inscrit dans le vaste programme des restaurations du massif occidental de la basilique, engagé par la Ville de Toulouse depuis 2017 : toiture, charpente, murs, portail, grande porte d’entrée et enfeu extérieur des comtes de Toulouse ont fait l’objet de travaux.  

Véritable symbole du patrimoine toulousain, la basilique Saint-Sernin compte parmi les monuments les plus remarquables de la Ville rose. Depuis 2024, elle a retrouvé son visage originel. La fin de sa restauration marque un moment très attendu. Pendant longtemps, une bâche reproduisant son architecture a caché le monument aux regards. Les visiteurs peuvent désormais redécouvrir toute la richesse de cet édifice roman et admirer la nouvelle rosace dans son environnement naturel. Œuvre qui fait maintenant partie de l’histoire de ce site classé au patrimoine mondial de l’Unesco.  

Un dialogue entre passé et présent 

Comme au couvent des Jacobins, où l’installation de Sarkis Mesure de la lumière a enrichi le patrimoine toulousain, la rosace de Saint-Sernin prouve qu’un édifice roman peut accueillir une œuvre contemporaine sans perdre son identité. Ce vitrail ne se limite pas à un ajout décoratif. Il s’inscrit dans l’histoire du monument. Il témoigne d’un édifice vivant, où l’architecture dialogue encore avec la lumière, la couleur et son époque.